Retour vers le passé
De mes plus lointains souvenirs d’enfance revient une constante : je suis une erreur. Un bug dans le système. Un truc qui n’aurait pas du arriver. Ou du moins pas comme ça, pas de cette façon-là, de cette matière-là, de cette couleur-là. Bref, the big erreur!
Puisque tout récit prend source dans la matrice originelle, retournons aux fondations : ma naissance.
Devinez? Mal passée. Arrivée 1 mois trop tôt, trop maigre (2k100) et surtout, dotée du mauvais sexe. Ha la bourde. Ha le drame. Ha l’horreur. Récit maintes fois raconté lors de mon enfance par ma mère “Depuis le début le gynéco disait que tu étais un garçon, ton coeur battait fort et vite comme les garçons (bonjour le stéréotype). Et puis tu es née et je lui ai dit “il manque quelque chose à mon petit garçon docteur”. Voilà, le mot était lâché. Il me manque quelque chose. Je suis incomplète, malfabriquée. Au diable les idées Freudiennes, ce n’est pas un pénis que je cherche (dont ma mère m’a pourtant reproché l’inexistence) mais qui je suis. Je ne suis donc pas un garçon , mais pas une fille non plus puisque pour ma mère, je suis donc restée “la fille qui était un garçon”. Allons-y gaiement, ne changeons même pas de prénom. Rajoutons un “que”, et voila Frédérique. Même pas mon prénom, le prénom d’un mec que je ne connais même pas…Si vous voulez du pathos : ma mère a fait une fausse couche juste avant moi et c’était un garçon. En prime du à son fibrome, elle n’aurait jamais du savoir m’avoir, je suis en gros une sorte de miracle erroné. Je suis l’oxymore même, je suis la contradiction ultime. Je suis Double Je quoi. Avouez que c’était mal parti pour une personnalité stable et heureuse de vivre.
Côté parternel, message encore plus clair : “J’en voulais pas, j’étais déjà servi”. Vive les couples recomposés qui ne s’entendent pas. Je n’ai jamais compris pourquoi mes parents s’étaient mis ensemble ou plutôt je pense avoir compris très jeune que c’était une monumentale erreur. Dont j’étais moi-même la monumentale erreur en cascade.
Bref, les années passant, je fus élevée comme un mec. A la dure les gars. Dehors par tous les temps, même bébé dans un berceau laissé sous la pluie (paraît que ça renforce le système immunitaire). Jusqu’à mes 5 ans on m’appelait Monsieur et je pensais que c’était quasi normal du genre “bonjour l’erreur”. Chaque fois ça me faisait un coup de couteau mais j’encaissais, endossant sur moi la cape de la honte et de la culpabilité qui ne m’a jamais lâchée. J’avais honte d’être une fille, d’être dans la mauvaise case car je faisais de la peine à tout le monde, je le savais.
Vêtements pour garçon, coiffée comme un garçon chez un coiffeur pour hommes, le moindre signe de féminité était critiqué et déclaré débile-inutile-encombrant. Elevée comme un homme (enfin selon les stéréotypes en vigueur) : pas de compliments, pas de câlins, pas de prise dans les bras, pas de réconfort quand il y avait un soucis, pas de compréhension face à la douleur ou à la peur. De l’intellect (mais enfin je te lisais une histoire tous les soirs j’étais une bonne mère( sic.) et de la performance.
Par exemple, très jeune j’ai eu de très graves maux de ventre (je découvrirai par moi-même 20 après qu’il s’agissait d’une intolérante au lactose). Je me roulais par terre de douleur après chaque repas, sans exagérer. La douleur était intenable. Plusieurs fois le médecin m’a fait des piqûres de buscopan compositum. Je me rappelle de la carpette brune de la salle de bains sur laquelle j’étais allongée et du carrelage froid durant ces longues crises de douleur en solitaire…Du coup, une prise de sang fût prescrite. Je me rendis avec ma mère à l’hôpital. Autant la prise de sang ne me fit pas mal, autant le fait de voir tout ce sang sortir de moi me terrorisa complètement. Au lieu de me rassurer, ma mère se moqua de moi ouvertement dans la salle de soins car j’avais peur d’une prise de sang. Et le raconte encore maintenant en riant…Inutile de vous dire qu’encore aujourd’hui l’idée d’une prise de sang me rend nerveuse et que la faire me fait tomber dans les pommes, malgré les dizaines que j’ai du faire avec ma santé vaçillante…on enlève pas une humiliation et une terreur comme ça…
Dans le même style, encore plus jeune, passant ma vie dans le jardin avec mes chiens et mes chats (aaah douce période que je chéris dans mon coeur) à monter aux arbres fruitiers dès que j’ai eu l’âge de le faire, je suis revenue une fois très petite encore, dans les 4 ans, je pense, avec une fourmi sur la main, qui était en train de me mordre. En tout cas, ça faisait mal. Bien sûr, terrorisée, je hurlais. Réaction maternelle : “C’est qu’une fourmi ma pauvre”. Résultat : pour me venger j’ai tué toutes les fourmilières du jardin pendant des années, jusqu’à ce que Bernard Werber me fasse suffisamment culpabiliser pour que j’arrête de reporter ma rage sur cette pauvre espèce innocente…
Les réels problèmes identitaires ont cependant commencé vers 6 ans. J’avais réussi à avoir les cheveux longs…mais du coup il fallait les peigner…que d’heures de torture ma mère m’a infligée car ils étaient rebelles (comme moi!). Elle détestait me brosser les cheveux. Vous voyez dans Titanic la scène où la mère ressert le corset de Rose? Eh bien c’était ça tous les matins. “Tu as voulu être une fille, avoir de longs cheveux, il faut assumer”…au lieu de “ma puce comme tu es jolie”…Jamais entendu ça. Au contraire, je n’avais droit qu’à du mépris “tu ressembles à rien avec tes longs cheveux, ils se mettent n’importe comment”. Sur une photo de classe, ma mère m’a carrément dit que j’étais moche avec mes longs cheveux et qu’elle préférait quand je ressemblais à un garçon, cheveux coupés.
Paradoxalement, leur chambre ressemblait à un temple où j’aurais été la divinité vénérée, les murs emplis de photos de moi, en grand !! Rendant encore moins compréhensible, d’être une erreur, vénérable? Plus tard ce discours de “dieu intellectuel vivant” est aussi intervenu.
C’est ainsi que je m’interroge sur la toxicité de mes parents, car ils ont été eux aussi la moitié du temps normaux et la moitié du temps toxiques…comme s’il y avait deux faces…Ma mère était souvent sujette à des crises de maniaco-dépression et je pense que ça expilquait ce double discours et la double contrainte qui en découlait systématiquement : “sois toi meme je t’aime comme tu es” et “sois comme je veux pour que je t’aime”….A devenir folle…
A six ans, j’ai découvert les joies de la pédophilie grâce à mon grand père, qui lui a su vanter mes attributs féminins et ma beauté, ainsi que mes beaux longs cheveux blonds. Je suis rentrée chez moi et j’ai demandé qu’on les coupe. Le lendemain. J’ai aussi pris dix kilos. Histoire que plus jamais mes attributs féminins ne posent problème.
Le soucis fût nié à cette époque. Je m’en remis assez bien, voire totalement bien car je ne percevais pas vraiment la gravité des faits, mais tout ça c’était avant la Grande Crise, Julie et Mélissa et mon adolescence…
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